Vers une reconversion professionnelle réussie...

Accepter le risque

A l’origine du projet « MonJobIdéal », il y avait une interrogation :

Qu’est-ce qui fait la différence entre celles et ceux qui, insatisfaits ou pas dans leur activité professionnelle, font à un moment le choix de changer de métier, et d’autres qui, même s’ils sont insatisfaits, préfèrent se maintenir dans ce qu’ils connaissent ?

Il n’y a sans doute pas une réponse unique mais un faisceau de réalités. Et parmi celles-ci, l’une d’entre elles, majeure, tient à la manière dont chacun appréhende le risque. Il y a très certainement tout un tas de mécanismes qui agissent dans le cerveau au moment de la prise de décision et qui pourrait expliquer certaines différences, mais n’étant pas une spécialiste des stimulations du cerveau limbique, je me suis surtout intéressée aux facteurs culturels ou conjoncturels qui influencent la manière dont nous percevons le risque.

Dans l’interview publiée hier, Matthieu évoque sa propre prise de risque, tout en relevant que si nous étions aux Etats-Unis (et c’est sans doute vrai pour les pays anglo-saxons en général) la question ne se serait même pas posée, et qu’il aurait simplement foncé sans se poser toutes les questions qu’il a lui considérées.

Mais alors qu’est-ce que le risque pour nous ? Est-ce que notre appréhension du risque est plus lié à notre personnalité ou à notre situation personnelle ? Est-ce que le goût du risque est un pré-requis de celui qui voudrait se reconvertir ?

Accepter le risque, c'est accepter l’inconnu

Le risque c’est aller dans l’inconnu.
Or, travailler dans un métier que l’on connaît c’est rester dans un domaine connu, dans une forme de confort de ce que l’on maîtrise. Changer de métier, quelles que soient les motivations qui mènent à ce changement, c’est aussi accepter l’idée de perdre un certain contrôle.
On ne peut pas toujours capitaliser sur son expérience et dans la plupart des cas, un changement de métier implique l’apprentissage de nouvelles compétences.
Je peux ne plus aimer ce que je fais, mais c’est peut-être aussi quelque chose que je sais bien faire, ne serait-ce que parce que j’ai x années d’expérience dans le domaine. Si demain je m’aventure dans un nouveau métier, je me demande au bout de combien de temps j’atteindrais le niveau de performance que j’ai aujourd’hui grâce à mon expérience, et dans le même esprit combien de temps il me faudra pour retrouver le niveau de reconnaissance que j’ai aujourd’hui.

Ensuite il y a la question de la sécurité financière.
Dans notre pays notamment où cette sécurité est souvent intimement lié au fait d’avoir un CDI, il peut paraître plus évident de prendre le risque de changer de métier lorsqu’on se retrouve à ne plus avoir d’emploi. Or en discutant avec des personnes qui ont eu envie de se reconvertir, on comprend vite que cette envie n’est pas toujours concomitante avec la perte d’un emploi. C’est très souvent quand on est en poste, et qu’on n’y prend pas ou plus le plaisir qu’on imagine pouvoir prendre avec une autre activité, que le désir de reconversion naît. Mais alors cela implique de prendre les devants, très souvent de préparer son projet de reconversion, et soit de « profiter » d’une perte d’emploi la plupart du temps peu prévisible, soit d’initier la rupture.

Comme souvent c’est une question de perspective.
prise-de-risque

La prise en compte très personnelle d’une situation non moins personnelle

Quand on lit le témoignage de Matthieu, on ne peut qu’être admiratif du risque pris. Quitter un CDI, alors même que l’on est le seul salaire de la famille, pour se lancer dans une aventure qui, si elle est prometteuse, n’en est pas moins balbutiante, comprend un risque évident. Est-ce un risque démesuré ? Sans doute pas, pour plusieurs raisons.
D’abord parce que Matthieu s’est assuré de percevoir des indemnités pendant les deux premières années de lancement de son activité, grâce à une rupture conventionnelle. Ensuite parce qu’il a étudié le potentiel marché de cette activité grâce notamment à l’ouverture au public du camp d’innovation lors de laquelle ses futurs associés et lui testaient leur projet.

Mais ce qui est vraiment intéressant c’est qu’à situation identique, on observe des réactions différentes.
Vous vous souvenez peut-être de Sonia, célibataire sans enfant, qui avait expliqué avoir arrêté son activité d’éducatrice spécialisée et pris le risque de se lancer en tant que conteuse indépendante, en le justifiant par le fait qu’elle était seule et assumerait donc seule le risque pris. Et en parallèle Karine, mère de famille de 4 enfants, qui a arrêté son métier de juriste en droit social pour se lancer dans l’immobilier. C’est en pensant à sa famille et notamment à la manière dont elle devrait parler de son métier à ses futurs petits-enfants qu’elle a trouvé la motivation de mener son projet de reconversion à bien. Ce qui est cocasse, c’est que parmi celles et ceux que je connais qui ne semblent pas prêts à prendre le risque de la reconversion, nombreux sont ceux qui justifient leur immobilisme par leur situation personnelle, qu’ils soient célibataires ou parents… comme quoi là encore, c’est une affaire de perspective.

Mais alors la reconversion ne s’adresse-t-elle qu’aux amoureux du risque ? Non même si cela requiert sans aucun doute une bonne dose d’audace… la différence se trouvant dans la manière de mesurer le risque.

Un risque, mais quel risque ?

Il ne s’agit évidemment pas de dire que tout est possible dans n’importe quelle circonstance. Il est impératif de peser le pour et le contre, d’analyser les enjeux et d’identifier les possibilités de limiter le risque tout en menant l’action.
Mais à une personne qui ne serait pas épanouie dans son travail, je demanderais comment il ou elle évalue le risque d’y rester et de finir par poursuivre ce métier sans l’aimer jusqu’à la retraite ?

Il y a toujours 2 côtés à une action, les risques pris en la menant… mais aussi pris en n’agissant pas.

On a souvent tendance à considérer les risques pris lorsqu’on quitte une situation connue, pas toujours ceux pris en y restant. Même si l’ennui peut paraître moins dommageable que le chômage, il me paraît indispensable de pondérer chacun de ces risques. Quelle est la probabilité que l’ennui disparaisse si rien ne change ? Comment pourrais-je évaluer statistiquement mon risque d’échouer ?

Le risque d’échouer, n’était-ce pas aussi celui de tirer la leçon des erreurs commises et d’apprendre pour mieux rebondir ?

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