Vers une reconversion professionnelle réussie...

L’adaptation hédonique

adptation-hedonique-illustrationBeaucoup de ceux qui se lancent dans une reconversion le font parce qu'ils ne sont pas heureux dans leur travail. C'est pour ça qu'il me semble important de se poser la question du mécanisme du bonheur au sens plus large. Dans la série « notre cerveau nous joue des tours », on continue... 😉

Après avoir vu ensemble ce qu’était l’escalade de l’engagement, découvrons l’adaptation hédonique (ou engrenage hédonique, « hedonic treadmill » en anglais).

Ce principe a été abordé pour la première fois en 1971 par deux psychologues : Brickman and Campbell.

Il s’agit d’une théorie selon laquelle chacun d’entre nous aurait un « niveau de bonheur » de base (« happiness set point » en anglais, c’est à dire « point de réglage du bonheur »), et que quels que soient les évènements (positifs ou négatifs) qui surviendraient dans nos vies, nous reviendrions inexorablement, au bout d’un certain temps, à ce niveau de bonheur prédéterminé.

Cette propension à revenir au niveau initial, un état stable et neutre, peut finalement être bénéfique lorsqu’elle permet à quelqu’un de se relever d’un évènement tragique. En effet, c’est plutôt rassurant de voir que, suite à un drame, tandis que la victime peut penser qu’elle ne sera plus jamais heureuse, la nature même de l’être humain l’aide à s’adapter aux nouvelles circonstances de la situation et, au fil du temps, à retrouver le niveau de bonheur qu’elle avait avant.
Par contre, de la même façon, ce principe réduit également les effets d’un évènement positif, dont on voudrait pourtant pouvoir prolonger l’impact.

L’extrême bonheur, pas plus que l’extrême malheur, ne serait permanent.

Sur le plan professionnel, imaginons qu’une personne obtienne une augmentation salariale, cette personne sera très contente à court terme. Mais à plus ou moins moyen terme, son niveau d’exigence et ses attentes monteront proportionnellement, à tel point que le contentement et l’effet positif auront disparu, ramenant ainsi cette personne au niveau de bonheur dans lequel elle était avant l’augmentation.

En 1978, dans une étude intitulée « Lottery Winners and Accident Victims: Is Happiness Relative? » que l’on peut traduire par « Gagnants à la loterie et victimes d’accidents : Le bonheur est-il relatif ? », des chercheurs ont interrogés 3 groupes de personnes :
- 29 victimes d’accidents ayant été paralysées (11 paraplégiques et 18 quadraplégiques),
- 22 gagnants d’une grosse somme à la loterie (entre 50 000$ et 1 million de $),
- 22 personnes prises sur l’annuaire téléphonique constituant un groupe de contrôle.

A part ces faits caractéristiques, les groupes avaient des profils plutôt similaires (proportions à peu près similaires des différentes religions, sexes, ethnicités, niveaux d’éducation, …).
Afin de mesurer leur niveau général de bonheur, il fût demandé aux participants d’évaluer sur une échelle de 0 à 5 (0 étant « pas du tout » et 5 étant « Très ») :
- à quel point ils étaient heureux au moment présent (à cette étape de leur vie),
- à quel point ils étaient heureux avant le gain (pour les vainqueurs de la loterie), avant l’accident (pour les victimes paralysées) ou 6 mois plus tôt (pour le groupe de contrôle),
- à quel point ils imaginaient être heureux d’ici à 2 ans.

Voici les résultats :

Niveau de bonheur global
Créer vos propres graphiques

Bien que ces évènements soient relativement extrêmes en terme d’effet positif et négatif et que l’on note donc une assez forte différence en niveau de bonheur au moment présent, nous pouvons constater que cette différence s’efface considérablement dans le futur (2 ans plus tard).

Ce même principe s’applique dans tout un tas d’autres domaines. Par exemple, une personne qui arrive d’un endroit froid et qui rentre dans une pièce à 21 degrés va trouver cette température particulièrement agréable, mais après un moment à l’intérieur, le plaisir s’estompe jusqu’à devenir parfaitement normal.

Tout ça semblerait bien fataliste, mais rassurez-vous, tout n’est pas prédéterminé et nous avons aussi notre rôle à jouer.

NE SOYONS PAS FATALISTES

En 2006, dans une autre étude Intitulée « Beyond the Hedonic Treadmill », c’est à dire « Au delà de l’adaptation hédonique », des chercheurs se penchent à nouveau sur le sujet. Ils révisent la théorie initiale et proposent une mise à jour. Ils notent en effet 5 points importants à reconsidérer.

Ils remettent notamment en question le principe de neutralité du niveau de bonheur de base et s’appuient sur différentes études pour prouver que les gens s’estiment en moyenne heureux, donc au dessus d’un niveau de bien être neutre.
Ils précisent que les « points de réglage du bonheur » varient selon les individus et dépendent à la fois de l’inné et d’influences extérieures.
Ces points seraient multiples et surtout, ils pourraient changer avec le temps, sous certaines conditions et selon les individus.

En fonction de notre attitude, on peut donc agir sur notre niveau de bonheur, c’est à dire en quelque sorte, influer sur nos points de réglages.
Pour cela, plusieurs études ont démontré qu’être aimable et aider les autres avait un énorme impact positif sur notre propre bien être.
Ceci revient donc finalement à la notion de se sentir utile, notamment nécessaire à l’épanouissement professionnel.
Apprendre à savourer le moment est également une composante essentielle au bonheur.
En effet, pour éviter ou reculer les effets de l’adaptation hédonique, prendre le temps d’apprécier un évènement positif permettra d’en prolonger l’effet, en ne le prenant pas pour acquis.
La gratitude comme un prolongement de cette appréciation, participe à prendre conscience de l’effet positif d’un évènement.
Entretenir et valoriser les liens importants, comme les relations amicales ou familiales, est primordial pour augmenter notre niveau de bonheur de manière durable.
Enfin, poursuivre des objectifs concrets et pertinents, constitue une motivation qui donne du sens à notre vie, et élève donc notre niveau de bonheur.

ET LA RECONVERSION DANS TOUT ÇA ?

La reconversion s’inscrit dans la quête de bonheur et d’épanouissement professionnel, les mêmes règles s’y appliquent que pour la vie en général.
Ainsi, si votre reconversion vous permet de trouver un sens à votre travail, vous donne un sentiment d’utilité, si elle représente un objectif concret à atteindre et vous accorde du temps pour entretenir les relations personnelles qui comptent pour vous, alors il y a fort à parier que ce changement augmentera votre niveau de bonheur. Appréciez-le, soyez-en reconnaissant pour que l’effet positif soit durable.

À partir du moment où vous décidez de votre reconversion, cela vous permet de redevenir acteur de votre vie, et rien que cela mérite que vous vous en félicitiez.

Ces différentes études tentent finalement d'objectiver le bonheur, mais nous sommes et resterons les meilleurs juges de notre propre niveau de bonheur.
D'ailleurs, on peut voir par exemple des pâtissiers se reconvertir dans d'autres métiers où ils se sentiront plus utiles, tandis qu'en parallèle d'autres professionnels choisiront justement de changer pour devenir pâtissier, avec le sentiment de retourner à un métier nécessaire qui apporte du plaisir et un produit concret. On voit bien dans cet exemple que même le sentiment d'aider les autres et de rendre service est finalement une notion subjective.

Parmi les derniers points que l'on vient d'aborder pour augmenter durablement votre bien être, dans la recherche de VOTRE bonheur, et notamment du travail qui vous apporterait cet épanouissement, lequel sous semble le plus important ?

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