Vers une reconversion professionnelle réussie...

Anne-Sophie et Pascal,
une prise de risque en couple

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Respectivement DRH et Agent général d'assurance, Anne-Sophie et Pascal ont récemment repris, en couple, un magasin de bricolage. Ils nous racontent leur parcours et la manière dont ils ont concrétisé leur projet.
Entretien réalisé le 8 novembre 2015
Parlez-nous de votre parcours jusqu'à l'année dernière
Anne-Sophie : J’ai été Responsable Ressources Humaines dans les assurances pendant 5 ans avant de travailler comme DRH dans l’industrie pendant 10 ans. Ce parcours m’a amené à faire de l’accompagnement au changement, du développement RH, ainsi que quelques plans sociaux.
Pascal : De mon côté j’avais fait l’intégralité de mon parcours dans le monde l’assurance. J’ai travaillé en recouvrement, puis en tant que commercial y compris spécialisé. Ensuite j’ai fait du management, de la formation (en incluant la conception de formations) pour après me mettre à mon compte en tant qu’agent général essentiellement pour des entreprises.
Retrouver
du plaisir,
de l’envie,
revenir à l’essentiel.
Qu'est-ce que vous a décidé à changer de métier ? Quelle a été votre principale motivation ?
Anne-Sophie. : Retrouver du plaisir, de l’envie, revenir à l’essentiel. Je n’avais plus envie d’être tributaire d’un manager dont je ne partagerais pas toujours les valeurs par exemple.
Pascal : Je souscris à ce que vient de dire Anne-Sophie. Les deux fois où j’ai changé professionnellement c’est parce que je connaissais le lendemain et notamment le maximum du poste que je pouvais atteindre. Du coup j’avais moins d’envie, ça tuait mon plaisir et donc mon envie d’entreprendre. J’ai beaucoup d’idées et si je n’arrive pas à les mettre en œuvre alors je perds le plaisir. Si j’ai changé cette fois, c’état vraiment parce que j’avais envie de challenge et d’inconnu.
Anne-Sophie : c’est ça le challenge, l’envie de vivre autre chose que les Ressources Humaines dans mon cas, de découvrir un autre métier.
Pascal : Pour moi la dimension financière était aussi importante. Il s’agissait vraiment d’allier le plaisir d’un nouveau challenge avec le fait de bien gagner sa vie.
Anne-Sophie : Je suis beaucoup moins intéressée par cette partie. Je voulais bien sûr gagner de quoi vivre sans rechercher forcément plus. On sent déjà la complémentarité entre nous deux.
Quelles options avez-vous alors considéré lorsque vous avez décidé de changer de métier ?
Anne-Sophie : J’avais commencé par un bilan de compétences, dont il était ressorti que je pourrais m’épanouir dans le social ou le paramédical. En conséquence j’ai travaillé à une reprise d’études et à la mise en musique de ce projet là.
Pascal : De mon côté je n’ai pas fait de bilan de compétences. J’avais identifié deux grandes options.
Soit je restais dans le monde de l’assurance, j’investissais plus et je grossissais parce que c’est quelque chose que je sais faire. Lorsque j’ai annoncé que je quittais mon métier d’agent d’assurances, j’ai d’ailleurs reçu plusieurs contre-offres pour rester et prendre de nouvelles responsabilités.
Soit je partais de mes plaisirs et de mes envies et je considérais les secteurs dans lesquels j’avais envie de travailler. Sachant que je n’ai jamais voulu redevenir salarié et que donc je voulais rester chef d’entreprise. Au-delà de l’aspect purement plaisir ou envie, j’ai également analysé ces secteurs sous l’angle économique. La question qui s’est rapidement posée était : parmi les secteurs d’activité que j’apprécie, quels sont ceux qui offrent des perspectives de développement intéressantes ?
Et je suis arrivé au bricolage. Dans le cadre de mes précédentes activités, j’assurais des entreprises dont 80% intervenaient dans le secteur du bâtiment donc j’avais l’habitude d’échanger avec mes clients sur les matériaux, la conception,… et c’est pour ça que j’étais familier de certaines questions.

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Anne-Sophie, qu’est-ce qui vous a finalement fait abandonner votre idée initiale ?
Anne-Sophie : J’ai commencé une année d’études, mais je me trouvais dans une situation personnelle compliquée (je venais de me séparer et je me retrouvais avec mes deux enfants en bas âge) aussi la mise en œuvre était difficile (notamment en terme de disponibilité pour la formation et d’organisation entre mon travail et ma vie de famille). Puis Pascal est entré dans ma vie avec ce projet et il m’est apparu impossible qu’il l’entreprenne sans moi tellement nous avons rapidement tout partagé. On se connaissait professionnellement puisqu’on avait travaillé ensemble plusieurs années auparavant. On savait combien on était différent mais aussi complémentaire, combien l’un avec l’autre on était plus fort. En tout cas moi je le savais.
Parlez-nous du processus de décision qui vous a finalement amené à la tête de cette enseigne de bricolage.
Pascal : Parti sur mon idée du secteur du bricolage, je me suis beaucoup renseigné, j’ai creusé les différentes possibilités et assez rapidement c’est cette enseigne (Bricomarché) qui s’est avéré nous correspondre le mieux. Je m’étais aperçu qu’il y avait peu d’enseigne où l’on pouvait véritablement être indépendant. En plus dans l’organisation du groupement Les Mousquetaires on est à la fois franchisé et franchiseur. Via un système de tiers temps on participe activement à la vie (puis la stratégie) du groupe. C’est là une vraie différence avec les autres enseignes de bricolage sur lesquelles j’avais pu également me renseigner. Je suis donc allée rencontrer l’adhérent(1) du magasin Bricomarché le plus proche du chez moi. Et après cet entretien j’étais très motivé pour explorer plus en avant cette piste. Très rapidement Anne-So est rentrée dans ce projet. Nous sommes retournés rencontrer tous les deux ce même adhérent. Et l’aventure a commencé. Au fur et à mesure que nous rencontrions des gens, ils ont suivi notre parcours dans le groupement et nous les avons toujours tenus informés.
Entre le premier entretien de recrutement et notre reprise de Bricomarché il s’est passé 2 ans. Même si ça peut paraître long vu de l’extérieur, cela nous paraît un délai incompressible. On a d’ailleurs l’impression d’être allé extrêmement vite. Il y a d’ailleurs un minimum de 18 mois entre le moment où le groupement des Mousquetaires valide le principe de la candidature et la fin de la formation.

(1) On appelle “adhérents” dans le groupement des Mousquetaires, les propriétaires des points de vente qui sont des entrepreneurs et chefs d’entreprise indépendants


Comment s’est décomposé ce parcours ?
Anne-Sophie et Pascal : Il y a d’abord un parcours d’évaluation : deux entretiens qui sont chacun une étape de sélection qui peut mettre un terme à la démarche. C’est suivi par une journée d’information puis un stage court de 3 jours dans un Bricomarché. Les adhérents font un rapport sur la motivation des candidats et ces derniers font un rapport sur cette première expérience. S’ensuit un entretien de recrutement puis une commission d’agrément qui valide ou pas le principe de la candidature. Il est impératif de savoir convaincre l’enseigne à chaque étape de sa motivation mais aussi de sa compréhension des valeurs du groupe.
Nous nous devions d’être libres de tout engagement professionnel avant de démarrer la formation puisqu’en effet si le principe de la candidature est validé, démarre ensuite une formation d’une durée approximative de 6 mois, réparti environ pour moitié entre théorie et stage.
A l’issue de chaque stage les adhérents du magasin où s’est effectué le stage procèdent à une évaluation des postulants. Deux entretiens de suivi sont réalisés pendant la période de formation.
Enfin une étude de cas conclue cette période. Il s’agit de partir d’un cas de magasin et de réaliser le prévisionnel, construire la stratégie, prévoir les investissements (financiers, RH,…). Les différentes options choisies constituent le cas qui est finalement présenté et défendu devant un jury.
Le jury rédige un rapport qui va décider de la suite de la candidature.

La dernière étape de ce cursus est un entretien avec la commission d’agrément.
Soit la formation est terminée et donc validée, et dans ce cas les postulants deviennent affectables soit il est possible de refaire certains modules de cette même formation ou encore de réaliser un nouveau stage (à l’initiative des postulants ou sur recommandation de la commission).

Nous avons été affectables tout de suite et avons donc pu étudier les magasins qui pouvaient être cédés par leurs adhérents.

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Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier aujourd’hui ?
Anne-Sophie : Sans aucun doute la polyvalence, l’autonomie, le travail d’équipe, ainsi que la complémentarité avec mon mari. C’est un vrai confort d’être deux. Quand on est chef d’entreprise la difficulté est très souvent d’être seul à prendre les décisions. Dans notre cas, notre force est que l’un de nous peut-être moteur sur les idées tandis que l’autre le sera sur l’implémentation. Et en fonction des sujets, les rôles peuvent s’inverser. A titre personnel, je réalise que je n’aurais pas aimé être chef d’entreprise sans mon mari.
Pascal : Je suis d’accord sur la force d’être deux. Je le mesure d’autant plus que j’étais seul avant.
Ce qui me plaît aussi c’est la diversité des tâches (Notre mission de commerçant va de l’approvisionnement à la commercialisation, en passant par les achats, la gestion financière, la définition des prix, des offres, la gestion administrative, sociale, financière et commerciale. Dans notre activité, nous définissons nous-mêmes notre plan de financement, de trésorerie, notre prévisionnel tant financier que commercial ainsi que notre stratégie commerciale. Nous gérons ce que nous impulsons auprès de notre équipe.
Si j’ai changé cette fois, c’état vraiment parce que j’avais envie de challenge et d’inconnu.
Est-ce que c’était plus simple de changer en couple ou avez-vous considérer de vous reconvertir chacun de votre côté ? Quels sont pour vous les avantages et les inconvénients de ces deux options ?
Anne-Sophie : Au départ on avait envisagé notre reconversion chacun de notre côté mais très rapidement ça s’est avéré plus naturel de la concevoir ensemble.
Pascal : En couple c’est plus sympa, plus fort. Pour autant j’avais été habitué à décider seul, à foncer. Il nous faudra parfois nous ajuster pour cette raison.
Anne-Sophie : jusqu’à présent cela ne m’a pas gêné. Il y a des domaines que je lui laisse volontiers parce qu’on ne peut pas s’occuper de tout et aussi parce qu’il en a besoin (dans son cas la trésorerie, la gestion financière,…).
Votre complémentarité sur le plan des compétences a-t-elle été tout de suite identifiée comme un atout ?
Pascal : Oui très rapidement parce qu’on n’aime pas les mêmes choses et donc qu’on ne se marche pas sur les pieds.
L’amusant c’est que non seulement on ne s’intéresse pas aux mêmes métiers mais même dans le magasin on n’aime pas les même secteurs. Par exemple Anne-Sophie est très forte sur les rayons déco/jardin, j’ai plus le goût de la technique des outils de bricolage notamment.
Dans votre cas, votre projet a impliqué une mobilité géographique. Est-ce que cela a été simple ? Etait partie intégrante du projet ?
Pascal : Ca faisait partie intégrante du projet. J’avais envie de cette mobilité. Je voulais aussi une rupture avec mon histoire personnelle. J’avais besoin de changer de météo. Je savais que ça serait compliqué à gérer, notamment pour les enfants mais je voyais plutôt ça d’un bon oeil.
Anne-Sophie : Moi non plus je n’avais aucun souci à bouger même si j’étais consciente de ce que ça représenterait au niveau familial notamment parce que nous constituons désormais une famille recomposée.
Quelles difficultés anticipiez-vous ?
Anne-Sophie : la difficulté d’un nouveau déménagement qui déracinait une nouvelle fois les deux plus jeunes.

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Avec le recul, quelles ont été vos plus grandes difficultés ? (obtenir le financement, la période liée à la formation, l'adhésion de la famille impliquée notamment par la mobilité géographique, les nouvelles responsabilités en elles-mêmes…)
Anne-Sophie et Pascal : sans aucun doute la rupture familiale pendant la période de formation (pendant 6 mois les parents et les enfants n’étaient pas ensemble puisqu’Anne-Sophie et Pascal ont suivi une formation dans le Sud de la région parisienne qu’ils alternaient avec des périodes de stage souvent aussi loin de chez eux, les enfants étant eux en Normandie).
Financièrement on a du faire des sacrifices mais nous l’avions clairement identifié dès le début de notre projet et donc ça n’a pas été la difficulté la plus importante.
Est-ce que vous pensez que vous avez eu l'accompagnement nécessaire à cette reconversion ?
Sinon qu’aurait-il fallu faire différemment ?
Anne-Sophie et Pascal : Absolument ! Mais uniquement de la part du groupement des Mousquetaires. Rien d’autre d’aucune institution publique notamment. Heureusement l’accompagnement du groupement nous a extrêmement bien préparés. Nous ne pouvons que remercier les personnes rencontrées pendant nos stages. Nous gardons en mémoire ce couple de Directeurs de magasins chez qui nous devions effectuer deux semaines de stage et qui nous a carrément hébergés chez eux pendant toute la période de stage. Ce sont des rencontres humaines que nous ne sommes pas prêts d’oublier et qui font aussi la richesse du groupe que nous avons rejoint.
Ne jamais oublier de se poser la question : Qu’est-ce que ce changement implique pour moi et qu’est-ce que ça veut dire pour le reste de ma famille ?
Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait se reconvertir comme vous l’avez fait ?
Pascal : heureusement au travers de nos expériences précédentes nous savions tous les deux ce que voulait dire investissement ou engagement. Tant sur le plan financier que sur le plan personnel. Avant d’entamer ce genre de reconversion et se lancer il faut bien avoir en tête que sur le plan financier c’est un engagement et donc un risque. Quand on devient chef d’entreprise, on prend un risque même si on essaye de le mesurer le mieux possible. Ensuite sur le plan personnel, il faut un gros investissement tant en terme de temps que d’énergie, et d’autant plus au démarrage de l’activité.
Anne-Sophie : j’ajouterais que même si tous les projets de reconversion ne sont pas tous des projets de couple, il faut toujours une adhésion de la famille ou au minimum du couple. Ne jamais oublier de se poser la question : Qu’est-ce que ce changement implique pour moi et qu’est-ce que ça veut dire pour le reste de ma famille ?
Pascal : cela peut par exemple impliquer de repousser des projets de vacances. A court terme on perd un certain confort surtout quand on a été salarié avant. Avant de retrouver ce confort il faut plusieurs années. J’ai d’abord été salarié dans un groupe d’assurances avant de me lancer en tant qu’agent d’assurances à mon compte. Et bien même si je connaissais très bien ce secteur d’activité, il m’a fallu au minimum 4 ans pour retrouver le niveau de confort que j’avais auparavant en tant que salarié.
N’hésitez pas à aller rencontrer des gens pour discuter, à aller taper aux portes afin de comprendre ce qu’est vraiment le métier derrière l’image que vous pouvez en avoir.

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Anne-Sophie : J’ajouterais un autre conseil. N’hésitez pas à aller rencontrer des gens pour discuter, à aller taper aux portes afin de comprendre ce qu’est vraiment le métier derrière l’image que vous pouvez en avoir. Il est important de mesurer les enjeux de l’intérieur. On a souvent l’image du chef d’entreprise qui monte son business plan, mais de notre point de vue, monter un business plan c’est une partie facile par rapport à d’autres choses qui incombent au chef d’entreprise.
Anne-Sophie et Pascal : Très rapidement il faut aussi accepter de financer une expertise complémentaire (par exemple en sollicitant un avocat ou un expert comptable).
Ce que nous pouvons dire pour ce qui est notre expérience, c’est que nous sommes pleinement satisfaits d’avoir franchi le pas. Nous voulions avoir notre destin en main et pour cette raison nous n’avions pas/plus envie d’être salarié. Même si encore une fois cela demande des sacrifices d’être chef d’entreprise. Nous savourons les processus de décision beaucoup plus courts (Réflexion → Action). Alors peut-être qu’on devra affronter des échecs mais si tel est le cas nous espérons que cela nous rendra meilleur. Nous avons tellement de plaisir à ouvrir la porte de notre magasin chaque matin que pour nous les sacrifices en valaient le jeu.
Au nom de l’équipe de Mon Job Idéal, nous vous remercions pour le temps que vous nous avez consacré, les nombreux conseils que vous avez partagé avec nous, et nous vous souhaitons bien sûr beaucoup de réussite dans l’aventure de votre magasin de bricolage.


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