Vers une reconversion professionnelle réussie...

Bullshit jobs ?!

bullshit-jobs-2En 2013, Strike Magazine avait donné carte blanche à David Graeber, anthropologue, militant anarchiste américain et auteur à succès, pour écrire un essai sur le sujet de son choix.

Il avait alors choisi d’explorer un phénomène qu’il a appelé Les « Bullshit Jobs », traduire les « jobs à la con ».

Je me rappelle que la lecture de cet article, il y a quelques années déjà, m’avait vraiment fait réfléchir.

Ce fameux terme « bullshit jobs » est toujours resté dans un coin de ma tête, influençant sans doute indirectement certaines décisions professionnelles que j’ai pu prendre par la suite.

Et si j’ai décidé de vous en parler aujourd’hui, c’est parce que cet article n’a (malheureusement ?) pas pris une ride. Il résonne toujours aussi juste à l’heure où je vous écris.

En fait, le sujet de cet essai lui est venu, à force de rencontrer des personnes en soirée, qui montraient un intérêt certain pour son métier d’anthropologue mais n’osaient pas parler du leur, qu’ils jugeaient très peu intéressant. Après quelques heures et quelques verres d’alcool, David Greaber constatait que les gens finissaient par confesser secrètement que leur métier était d’une inutilité flagrante, que leur travail pourrait être fait en 3 ou 4 heures par jour alors qu’ils en passaient 8 ou 9 au bureau et que le reste du temps, ils le perdaient à des futilités bureaucratiques. Cet aveu honteux, il l’a entendu tellement souvent qu’il a cherché à comprendre les raisons qui ont mené à ce système, qui semble tellement opposé aux principes du capitalisme.

Pourquoi donc des sociétés privées emploieraient-elles des personnes à des postes inutiles ?

Il commence par nous expliquer qu’en 1930, John Maynard Keynes, économiste anglais, avait écrit un essai où il présageait que suite aux avancées technologiques, à la fin du siècle, les gens dans les pays développés n’auraient qu’à travailler 15 heures par semaine.
Et pourtant cette prédiction est loin de s'être réalisée.
Graeber avance que pour cela, des jobs ont dû être créés de toutes pièces.

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S’il laisse à chacun le soin de juger l’utilité de son propre travail, il nous pousse tout de même à nous interroger de la façon suivante : Si tel ou tel corps de métier devait disparaître du jour au lendemain, quel impact cela aurait-il sur le monde qui nous entoure ?

Par exemple, si demain, il n’y avait plus d’éboueurs ou plus d’infirmières, tout continuerait-il de tourner normalement ?

La réponse serait-elle la même si tous les postes de juristes d’entreprise disparaissaient d’un coup ?

Nous avons très récemment fait la rencontre de Karine, ancienne juriste en droit social, reconvertie dans l’immobilier, qui nous avait fait part, lors de notre entretien, du besoin qu’elle avait ressenti de retrouver du sens à ce qu’elle faisait, de se sentir utile, de construire.

Graeber énonce en substance qu’énormément de gens sont employés en ayant l’intime conviction de ne servir à rien et que ceci laisse des traces morales et psychologiques lourdes. Et pourtant, peu de gens en parlent. Les langues commencent toutefois à se délier. Le Nouvel Obs a, par exemple, très récemment collecté des témoignages sur le thème "J'ai un job à la con".

Bullshit jobs - Comment en est-on arrivé là ?

L’ anthropologue écarte la thèse selon laquelle ce serait l’augmentation du consumérisme qui serait responsable. En effet, il constate que parmi tous les métiers qui ont été créés depuis les années 20, peu ont finalement trait à la production de ces nouveaux plaisirs (sushis, iphones, baskets à la mode,…) que les gens sont prêts à payer, en travaillant eux-mêmes davantage.

En gros, les métiers manuels ont été automatisés, mais le secteur administratif a considérablement augmenté.

David Graeber va jusqu’à dire :

C’est un peu comme si quelqu’un, quelque part, fabriquait des métiers juste pour le plaisir de nous garder tous occupés à travailler.

Bernat nous a raconté comment, grâce à sa reconversion, il avait le sentiment d’avoir échappé à un carcan, soumis à la règlementation nationale et au poids de l’administratif, pour au contraire gagner en liberté de création.

Mais alors pourquoi les gens acceptent et même choisissent ces métiers ?
L’explication que voit David Graeber, c’est que le travail est devenu une valeur à lui tout seul. Chacun se doit de travailler pour mériter quelque chose en retour. Le travail offre un statut.
David Graeber va même plus loin en constatant que finalement, ce sont les jobs les plus utiles à la société qui sont le moins bien récompensés, comme si une sorte de jalousie s’était installée au sein des travailleurs inutiles envers les travailleurs utiles.

Pourquoi seraient-ils bien payés alors qu’ils ont déjà la chance d’apporter quelque chose à la société ?

C’est sans doute son côté anarchiste qui le pousse à conclure que ce système, qui s’est mis en place au fil du temps, permet finalement au pouvoir financier de garder les rennes.

Mais au fond, le système de Graeber consistant à s’interroger sur les répercussions qu’aurait la disparition d’un corps de métier tout entier sur la société, est-il vraiment la manière la plus adaptée pour que chacun puisse répondre de l’utilité de son poste ?
Je suis certaine qu’il y a des infirmières peu impliquées dont on pourrait se passer, et au contraire, des juristes qui apportent une vraie valeur ajoutée à l’entreprise pour laquelle ils travaillent.

Ne décidons pas nous mêmes de l’utilité de notre travail et du sens que nous lui donnons ?


Pour lire l’intégralité de l’article (en anglais) :
http://strikemag.org/bullshit-jobs

Extrait vidéo durant lequel Graeber parle de son article et de ce qui l’a conduit à l’écrire (en anglais) :
https://www.youtube.com/watch?v=jHx5rePmz2Y

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