Vers une reconversion professionnelle réussie...

Claire,
une reconversion Zen

claire reconversion yoga
 

Promise à une très belle carrière en Marketing et Communication, Claire a pourtant choisi de privilégier le sens qu’elle voulait donner à son travail au moment de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat sur un thème qui lui est cher.
Entretien réalisé le 1 avril 2016
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Claire : J’ai fait une classe prépa, puis j’ai intégré l’école de commerce de Nancy (ICN). Ensuite j’ai commencé à travailler comme chef de projet en agence de communication à Paris.
Depuis très jeune, je m’intéresse à la psychologie et aux relations humaines. Mon école de commerce, l’ICN axait d’ailleurs sa première année sur le développement personnel. J’avais envisagé de travailler dans les Ressources Humaines. Finalement étant très curieuse, plutôt à l’aise dans l’organisation et dans le rôle du chef d’orchestre, naturellement je suis devenue chef de projet en agence. J’ai beaucoup appris autant les aspects opérationnels que les côtés stratégiques du marketing et de la communication.

Au bout de quelques années, je passais beaucoup de temps au travail, je ressentais beaucoup de pression pour faire des choses qui finalement n’avaient plus vraiment de sens pour moi.

Au bout de quelques années, je passais beaucoup de temps au travail, je ressentais beaucoup de pression pour faire des choses qui finalement n’avaient plus vraiment de sens pour moi. La situation s’est aggravée au point que je finisse par faire un burn-out, et je me suis mise à réfléchir à tout ça de manière plus approfondie.

J’ai pris du temps pour réfléchir à ce qui faisait sens pour moi. Je suis arrivée à la conclusion que ce qui me plaisait c’était la transmission. J’ai donc cherché à rejoindre un secteur d’activité qui s’inscrirait dans cette idée. Et j’ai été embauchée par un des annonceurs dont je m’occupais en agence. Je suis devenue Directrice Marketing et Communication dans cette entreprise qui proposait une pédagogie innovante au travers de ‘serious games’, des jeux vidéo pour la formation professionnelle.
Au bout d’un an, la société connaissait des difficultés économiques. Et même si j’aimais beaucoup ce secteur d’activité ainsi que les fonctions que j’y occupais, j’ai réalisé que je n’étais pas complètement épanouie. Je réfléchissais à comment travailler différemment. A ce moment-là, j’ai beaucoup lu sur ce sujet.

C’est pourquoi quand j’ai finalement été licenciée économique, j’ai décidé de faire une pause. Je suis partie faire un stage de yoga d’un mois en Inde. Ça faisait déjà 6 ans que je pratiquais le yoga. J’en faisais régulièrement et c’était ma bulle d’air. Du coup je pensais que ce stage était une bonne manière de faire une pause.
Je n’étais pas partie pour devenir prof de yoga mais au bout de quelques jours de ce stage j’ai eu une sorte de révélation. Ça associait tout ce qui m’importait. Notamment la santé physique et psychique ainsi que la dimension pédagogique que j’avais tant appréciée dans mon expérience professionnelle.
J’aimais aussi l’idée de me rendre utile auprès des autres. J’avais été secouriste à la Croix-Rouge ainsi qu’à la British Red Cross quand j’étais en Angleterre. J’avais aussi fait du bénévolat en Tanzanie comme professeur d’anglais bénévole.
Le yoga bien plus qu’une activité physique est une philosophie très globale, qui agit à la fois sur le corps et l’esprit, sur la santé et les relations humaines.

Même si au final on est tout seul à prendre la décision puis à s’engager dans la création, c’est important d’avoir des gens avec qui échanger quand on souhaite changer de métier.
Qu’avez-vous fait à votre retour ?
Claire : Quand je suis rentrée en France à l’issue de mon stage en Inde, j’ai commencé à donner des cours de yoga, au départ dans un studio de yoga puis assez vite, j’ai monté ma structure.
Mais à partir du moment où j’ai commencé à donner des cours, et déjà même quand j’étais en Inde, je n’avais pas envie de donner des cours de yoga classique.
J’ai alors commencé à concevoir des programmes de yoga en complément de certaines pratiques, comme du yoga pour se préparer aux sports d’hiver.
Dans les mois qui ont suivi mon retour d’Inde, j’ai lancé mon site de yoga en ligne. Même si sur le moment cela m’a paru long, il ne s’est écoulé qu’1 an, entre le licenciement économique et la création de ma structure juridique. Je n’avais jamais créé d’entreprise avant et j’étais seule. Il y a eu beaucoup de choses à comprendre.
Dans mon entourage je ne connaissais personne qui avait fait ça. Mais lorsqu’on creuse, on se rend compte qu’il y a toujours des personnes dans son réseau un peu moins proche, l’ami d’un ami, des anciens de l’école qui ont déjà mené des démarches similaires. Même si au final on est tout seul à prendre la décision puis à s’engager dans la création, c’est important d’avoir des gens avec qui échanger quand on souhaite changer de métier.

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Avez-vous été accompagné d’une manière ou d’une autre ?
Claire : Suite au licenciement économique, j’ai pu suivre des formations grâce au droit de formation que j’avais accumulé en entreprise. Quand je suis rentrée d’Inde, j’ai fait part au Pôle Emploi de mon projet de création.
J’ai pu être suivie pendant un an par un cabinet externe qui m’a aidée à identifier les instituts de formations pertinents. Je leur avais fait part de ma motivation et transmis mon business plan et ensuite ils ont géré les demandes de formation.
J’ai ainsi pu suivre 3 semaines de formation
(1 semaine montage vidéo, 1 semaine site web WordPress et 1 semaine Photoshop). Pour le reste j’ai autofinancé.
Comment vous organisez-vous aujourd’hui ?
Claire : Je ne sais pas si mes heures sont réduites mais je sais que j’organise mon temps différemment. Je suis maître de mes journées et ce que je fais a un sens pour moi. Ça fait plus d’un an que je donne des cours de yoga, en entreprise, en famille, pour des particuliers, dans des lieux atypiques à Paris. J’interviens aussi dans des événements.
Et derrière il y a tout l’aspect entreprenariat web. L’activité de cours pur ce n’est pas un travail à proprement parler pour moi, c’est presqu’un hobby même si aujourd’hui c’est ça qui me permet de gagner ma vie. C’est seulement quelques heures par semaines. Alors que la gestion d’entreprise est bien plus prenante. Le site est lancé depuis 3 mois, c’est encore la phase d’amorçage !
Il faut savoir gérer l’incertitude.
Etre résilient et créatif !
Est-ce qu’il y a quelque chose de votre ancienne vie professionnelle qui vous manque ?
Claire : Le salaire. (Rires) Et aussi les collègues même si heureusement énormément de choses sont prévues pour aider les entrepreneurs et leur éviter l’isolement, comme les espaces de co-working. J’y vais moi-même aussi parce que j’y donne des cours de yoga.
Etre chef d’entreprise, c’est être seul pour prendre des décisions au quotidien. Alors je m’entoure. Ce qui m’aide ce sont des réseaux comme « Femmes de Bretagne », un réseau de femmes entrepreneurs sur la région Bretagne (dont je suis originaire). C’est un réseau qui a seulement 2 ans mais on est déjà 3000 ou 4000. Certaines sont chef d’entreprises depuis des années, d’autres se lancent. Il y a des rencontres physiques et puis le réseau social en ligne. Ça permet d’échanger, d’obtenir des conseils, d’être encouragé et, parfois même, de trouver des partenaires.

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Votre reconversion s’est traduite par le lancement de votre propre activité, quelles qualités pensez-vous nécessaires pour être épanoui en tant qu’entrepreneur ?
Claire : Il faut savoir gérer l’incertitude. Etre résilient et créatif ! C’est très important de savoir rebondir sans le prendre personnellement, garder confiance et tout simplement s’adapter au marché.
Cette adaptabilité est nécessaire d’un point de vue professionnel mais aussi personnel. Quand j’ai créé l’activité, j’ai du oublier les paradigmes liés au salariat et m’adapter au statut d’indépendant. Par exemple ne pas travailler de 9h à 19h, quand on est seule c’est difficile ! Il faut trouver son propre rythme et savoir prendre du recul régulièrement.

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Qu’avez-vous appris de cette expérience naissante ?
Claire : Beaucoup de choses ! Des compétences professionnelles comme faire un site web, faire du montage vidéo, une expertise sur Photoshop, à faire des interviews, et être prof de yoga bien sûr !
Demain si je retournais en entreprise, j’aurais clairement des compétences nouvelles à proposer.

Quand on a eu la responsabilité d’une équipe comme je l’ai eue, on a déjà une expérience de la pédagogie. On ne pense pas toujours aux compétences qu’on acquière dans l’entreprise et qu’on peut appliquer à un autre métier. En étant chef de projet j’avais appris plein de choses. Mes expériences en entreprises m’ont beaucoup formée et me permettent aujourd’hui d’être indépendante.

Mes expériences en entreprises m’ont beaucoup formée et me permettent aujourd’hui d’être indépendante.
Avec le recul, est-ce qu’il y a quelque chose que vous feriez différemment ?
Claire : Avec le recul, est-ce que j’aurais même lancé l’entreprise ? (Rires)
Je ne me rendais pas compte que c’était autant de travail ! Mais je ne regrette absolument pas. En fait, je pense que je ne ferais rien de différent à part peut-être essayer de m’entourer encore plus de gens qui ont lancé leur entreprise ou qui ont changé de vie.
Ça fait du bien d’échanger avec des personnes comme ça parce qu’on passe tous par les mêmes questions.
Surtout quand on passe d’une position cadre assez confortable tout de même à un statut d’entrepreneur dans un secteur très innovant et donc naissant, peu connu. Il faut vivre avec l’incertitude. Ce n’est pas forcément très désagréable mais il faut s’y habituer.

Quand on gagne en liberté, on gagne aussi en responsabilité. Personnellement je me satisfais d’être indépendante. Et malgré la solitude dont je parlais, je sais que je n’aurais pas voulu démarrer à deux avec un associé. J’avais mon idée, et une manière bien à moi de décider. L’entreprenariat a surtout été est un grand chemin personnel !

Est-ce que vous avez tout de même été soutenue ?
Claire : J’ai été très soutenue par ma famille qui m’a toujours fait confiance. Pour le reste, je dirais qu’il faut être hermétique d’une certaine manière aux peurs et inquiétudes des autres. Il faut les entendre notamment pour façonner son discours, le renforcer. Et s’en détacher aussi pour garder confiance tout le temps. Car au final tout le monde a un avis mais aucun n’a la vision globale de votre projet.
Il n’y a pas de fatalité à être insatisfait dans son travail.
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Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui est aujourd’hui insatisfait dans son travail, qu’il soit prêt ou non à lancer sa propre activité ?
Claire : Je lui dirais qu’il n’y a pas de fatalité à être insatisfait dans son travail. Et qu’en changer n’implique pas nécessairement de devenir son propre patron. Quand j’ai quitté l’agence de communication dans laquelle j’avais débuté, et rejoint l’annonceur, je m’étais dit que j’allais changer de rythme et puis rentrer dans une entreprise dans laquelle je pourrais ensuite changer de département. Ce n’est pas comme ça que les choses se sont passées au final, mais c’est la manière dont j’avais décidé de ne pas m’enfermer dans une situation qui ne me convenait plus. Il faut savoir faire des réglages.
Comment voyez-vous la suite ?
Claire : Aujourd’hui il y a 2 millions de yogis (pratiquants de yoga) en France, et comme tout le monde peut faire du yoga, ça fait encore beaucoup de monde à convaincre et à aider !
Je souhaite avoir des relations humaines plus riches que celles que j’ai pu avoir en entreprise et pour cela je tiens à avoir toujours des contacts directs avec le client final.
L’équipe de Mon Job Idéal vous remercie pour le temps que vous nous avez consacré, les conseils que vous avez partagé avec nous, et vous souhaite bien sûr beaucoup de succès dans cette très belle aventure entreprenariale.


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