Vers une reconversion professionnelle réussie...

Éloge du carburateur – Essai sur le sens et la valeur du travail

Avis : avis_un

Quelques mots sur l’auteur

Matthew B. Crawford est un philosophe-mécanicien américain. Philosophe par ses études, il a ensuite travaillé dans un think-tank à Washington où il était chargé de rédiger des notes avec une tonalité scientifique pour mieux servir les intérêts des entreprises finançant le think-tank en question. Rapidement déçu par ce travail prétendument intellectuel dans lequel il ne trouvait aucun épanouissement, il a choisi de démissionner pour lancer son activité de réparation de motos. Un grand écart largement expliqué dans cet ouvrage.

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Citation inspirante

Pour être capable de soutenir notre intérêt, un travail doit offrir une possibilité de progresser dans l’excellence.
Matthew B. Crawford

Ce qu’on peut en retirer pour une reconversion

L’auteur nous invite à une réflexion profonde sur l’importance d’avoir un métier ancré dans le réel. Il propose que tout un chacun puisse trouver ce métier grâce à un questionnement moral mené en parallèle d’activités pratiques et d’échanges avec d’autres professionnels. Et c’est ce mélange entre la pratique et les discussions qui doivent permettre de préciser le projet.

Matthew B. Crawford met en avant une formule d’Anaxagore rapportée par Aristote “C’est parce qu’il a des mains que l’humain est le plus intelligent des animaux.” qui ne peut que faire écho à toutes celles et ceux qui considèrent une reconversion vers un métier artisanal.

Pour qu’il soit épanouissant, l’auteur conseille un travail qui mobilise autant que possible “la plénitude des capacités humaines”. Pour cela, il invite à sortir des passages obligés définis par l’école, la société ou encore les institutions.

Il évoque ces vies plus cohérentes, celles qui offrent une connexion plus étroite entre le fait de vivre sa vie et celui de la gagner.

Cet ouvrage me paraît indispensable pour des parents qui aimeraient comprendre puis accompagner le projet d’orientation d’un enfant ayant des “dispositions” pour l’artisanat.

Ce que l’on a moins aimé

La démarche de Matthew B. Crawford d’utiliser sa propre expérience pour procéder à une analyse plus générale sur l’évolution du travail sur ce dernier siècle est tout à fait louable d’autant plus qu’elle donne une dimension très pratique à sa démarche philosophique. Pour autant il n’est pas certain que les quelques mois passés dans ses deux principales expériences de bureau soient totalement révélatrices de ce qu’expérimente la majorité des “cols blancs”.

Pas besoin d’être soi-même mécanicien automobile, mais encore faut-il apprécier les références multiples au vilebrequin, piston, échappement, radiateur ou autre collecteur d’admission. Matthew B. Crawford tient à ancrer ses propos dans la réalité et il ne manque pas d’anecdotes dans lesquelles les têtes de cylindre pourraient finir par se mélanger. Pas désagréable sauf sans doute pour les allergiques au cambouis.

Thèse du livre

Vrai passionné de motos, Matthew B. Crawford s’est interrogé sur l’appauvrissement des activités de “cols blancs” et s’attache à réhabiliter les métiers artisanaux. Il propose un livre équilibré entre de nombreuses références philosophiques et des exemples très ancrés dans le réel. Il réfute la séparation entre les aspects cognitifs du travail manuel et son exécution physique, et rend hommage au travail artisanal et à l’autonomie réelle qu’il procure.

Points clés du livre

- Matthew B. Crawford réhabilite l’artisan qui, humblement, “acquiert un savoir réel sur des choses réelles, celles dont nous dépendons tous dans notre existence quotidienne”.

- L'auteur conteste la prétendue protection dont les "cols blancs" bénéficieraient face à la mondialisation, et au contraire met en avant la force de la communauté dans laquelle s'inscrivent les artisans. En effet il explique que non seulement le travail d'un artisan s'inscrit dans le réel mais qu'il est aussi enraciné dans une communauté. Et par extension cette appartenance à la communauté rend son travail non délocalisable.

- Le philosophe-réparateur de motos rejette également la séparation du faire et du penser. Il rappelle que le travail artisanal requiert bien trop d'adaptation, d'attention, de remise en question dans la recherche de solutions pour pouvoir être exercé de manière robotique ou par une machine.

- Par opposition il regrette l’irresponsabilité intellectuelle et la pression taylorienne auxquels sont soumis les métiers de bureau.

- Par conséquent, il mène un vrai plaidoyer pour un retour des arts mécaniques dans l’enseignement en parallèle d’une critique de l’envoi systématique des étudiants à l’université.

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Ce que l’on a bien aimé

Grâce à son audacieux mélange d’histoires dont la véracité ne fait aucun doute et ses références philosophiques très appropriées, cet ouvrage est une véritable bouffée d’air frais.

Qu’on le voit comme une approche pratique de la philosophie ou comme une réflexion philosophique de la pratique, on apprécie l’invitation de Matthew B. Crawford à envisager la question de nos “dispositions” qu’il définit comme l’imbrication de certaines qualités intellectuelles et de certaines qualités morales.

Même s’il est évidemment admiratif des artisans qu’il côtoie, l’auteur ne tombe pas pour autant dans une vision angélique des rapports de travail.

Infos éditeur

Editeur : La Découverte/Poche
Date de publication française : février 2016 (mars 2010 pour la version brochée)
245 pages

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Éloge du carburateur
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