Vers une reconversion professionnelle réussie...

Léa,
et si elle avait trouvé la recette ?

Léa
 

Graphiste douée, Léa a plus d’une corde à son arc. Frustrée par différentes expériences en entreprise, elle a finalement choisi de suivre une autre de ses passions, à savoir la nutrition. Actuellement en BTS Diététique, elle espère pouvoir fusionner ses nombreux centres d’intérêt. Nous sommes convaincues qu’elle aura beaucoup de succès, que bien sûr nous lui souhaitons.
Entretien réalisé le 21 juin 2016
Pouvez-vous nous parler de votre premier choix de carrière et de votre formation initiale ?
Léa : Je suis graphiste / illustratrice. Je l'ai décidé très tôt. Petite, je dessinais tout le temps, je n’ai jamais arrêté. Au collège, je participais déjà à un atelier Bande Dessinée. J’ai fait un bac Arts Appliqués puis je suis rentrée à l’école Emile Cohl à Lyon, qui est une école de bandes dessinées, illustrations et dessins animés. J’y ai fait 2 années d’étude pour apprendre à bien maîtriser les outils graphiques. Et au bout des 2 ans où j’avais beaucoup appris, j’ai décidé de faire un BTS Communication visuelle.

Petite, je dessinais tout le temps, je n’ai jamais arrêté.

Là, je ne suis pas très bien tombée dans le choix d'une école et je me suis rendue compte très vite que je n’allais pas apprendre ce que je voulais donc je suis partie au bout d'un mois me retrouvant en année sabbatique. J’en ai profité pour partir en tant que jeune fille au pair en Irlande. J’y ai passé un an, de pur bonheur. C’était une année super enrichissante pendant laquelle j’ai gagné en maturité. En parallèle, je continuais de préparer une autre entrée en BTS Communication visuelle, mais cette fois à Paris et en alternance. Après quelques aller-retour entre l’Irlande et Paris pour passer des entretiens j’ai trouvé un poste en agence e-commerce, pour l’alternance, et j’y ai passé les 2 ans de mon BTS. J’y ai énormément appris avec la directrice artistique, sur des projets stimulants pour des grandes marques.

Pendant les vacances scolaires qui ont suivi l’obtention de mon BTS, TF1 m’a contactée parce que mon école leur avait donné mon CV et ils voulaient me prendre en contrat de professionnalisation, également en alternance. Je me suis alors inscrite en Bachelor Graphic Design et j’ai été prise à e-TF1, une filiale display. C’est une de mes meilleures expériences et j'y ai découvert le travail dans une grosse structure. L’équipe était géniale, les projets étaient tops. Malheureusement, ils n'étaient pas en période d'embauche et ne prenaient que des stagiaires ou des contrats pro. Pas de place pour un CDI donc. Donc l’équipe m’a dit au revoir à regret à la fin de l'année mais j’ai gardé de très bons contacts avec eux.

lea-chocolat

Vous êtes aussi l’auteure de 2 blogs, c’est bien ça ?
Léa : Oui, je blogue depuis 2010 et même un peu avant. Je gère 2 blogs : un blog d’illustrations et un blog avec des articles écrits. Ça me permet de faire quelque chose que j’ai l’impression de maîtriser. Je décide ce que j'écris ou je dessine. Ça fait du bien des fois dans la vie de faire quelque chose qu’on ne nous demande pas et qu’on choisit. Mes blogs m’apportent ça. Je commence à avoir beaucoup d’abonnés et des gens viennent échanger avec moi, me pose des questions et m'encourage. Ça fait plaisir et donne de l'énergie.
Ça fait du bien des fois dans la vie de faire quelque chose qu’on ne nous demande pas et qu’on choisit.
Que s’est-il passé après votre première expérience chez e-TF1 ?
Léa : L’alternance avait été épuisante parce qu’en plus du travail en entreprise, comme tous les étudiants on a les devoirs qui vont avec, on a les révisions, les planches de dessin... J’ai donc pris 8 mois sabbatiques où vraiment j’ai fait tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire : avoir une vie sociale, découvrir Paris, apprendre à danser la salsa, m’occuper de mes blogs... j'avais besoin de souffler un peu pour retomber sur mes pattes.

Et puis en mai, j’ai postulé à une offre d'emploi. Lagardère Active m’a contactée pour m’occuper de Virgin Radio et RFM. J’étais super contente. J’ai été prise et j’y ai travaillé environ 1 an. C'était une expérience enrichissante, et j'ai rencontré beaucoup de gens biens. lea-crazy-facePuis j'ai décidé de me lancer en freelance, avec le statut d’auto-entrepreneur. J’avais des clients, parce que j’avais gardé des contacts mais le fonctionnement de l’auto-entreprenariat ne me convenait pas. Le RSI, ce n’est pas le plus pratique. Négocier avec les clients, justifier toujours son travail et ses prix, c’était pénible. Bref, ce statut n’est pas vraiment fait pour les graphistes. Du coup, au bout de quelques mois, j’ai recommencé à chercher du travail. J’en ai trouvé dans une agence de pub, où je suis restée 11 mois et où là aussi j’ai travaillé pour des grandes marques. Mais après avoir goûté à l’auto-entreprenariat, j’avais l’impression d’avoir laissé ma liberté en quelque sorte, et j'avais un petit sentiment d'amertume. Le graphisme, c’est un travail créatif. Il faut faire des pauses, prendre du recul sur les créas, et ça, malheureusement, en entreprise ce n'est pas bien compris. J'ai commencé à saturer de tout ça. Je n’étais pas heureuse professionnellement. Je craquais souvent le soir et pourtant je suis quelqu’un de dynamique et motivée. Quelque chose n'allait pas, il fallait se rendre à l'évidence.

Je n’étais pas heureuse professionnellement. Je craquais souvent le soir et pourtant je suis quelqu’un de dynamique et motivée.

Je vivais à distance avec mon copain, qui était en Belgique, et on a décidé de s’installer ensemble. Au lieu de s’installer à Paris, on a choisi Lyon. Nous avons donc tous les deux trouvé un boulot là bas, moi, dans une boite de jeux en ligne.

Après quelques mois, j’ai commencé à avoir des sérieux problèmes de santé, des gros problèmes digestifs. Les contrariétés étaient loin d'arranger les choses. J’ai vraiment commencé à me poser des questions et à me dire que ça faisait un moment que je n’étais pas super heureuse dans le graphisme alors que c’était censé être un projet épanouissant. J'avais aussi l'impression d'avoir fait le tour de mon métier. Des choses me manquait dans ce job : la relation humaine, le dynamisme et j'avais le sentiment d'être inutile.

C’est là où vous avez pour la première fois commencé à envisager une reconversion ?
Léa : Non, en fait, en 2011, j’avais déjà failli faire une reconversion pour être diététicienne justement. C’était pendant mes mois sabbatiques avant d’être prise à Lagardère. Je me demandais si j’avais envie de reprendre le graphisme, alors que je venais de finir mes études finalement. Avec la créa, il y a quelque chose de très difficile, c’est qu’on est jugé tout le temps sur son travail. Comme c’est visuel, on donne le résultat d’un projet. C’est très stressant, il y a des enjeux, notamment financiers. Ça me stressait beaucoup. A l’époque, une super conseillère de la mission locale, psychologue, m’a fait faire un bilan de compétences. Ce qui en est ressorti l’avait surprise elle-même, j’avais ⅓ de chaque composante : ⅓ social, ⅓ sportif et ⅓ artistique. Dans la composante sportive se cachait notamment la nutrition. Finalement, cette conseillère est la première a m’avoir cernée. Elle m’avait aidée à monter tout un dossier. Mon intention était de faire un bpjeps pour être coach sportif et après diététicienne. J’allais enchaîner les deux formations. Le jour de l’envoi du dossier, j’ai reçu la proposition de Lagardère. J'ai vu ça comme un signe : ce n'était pas le moment.

Un jour mon copain m’a dit : “Écoute, tu ne peux plus continuer, regarde ça te rend malade. Quand ça touche la santé, il faut arrêter !”

Donc en 2014, les problèmes de santé se sont aggravés. En 2015, j’ai fini à l'hôpital parce que j’ai eu des spasmes intestinaux très violents. Les médecins ne savaient pas me dire d’où ça venait. Mon copain voyait que les soirs, ça recommençait, je pleurais, je n’étais pas bien. L’entreprise où j’étais commençait à couler en plus, l’ambiance se dégradait. Les journées me semblaient interminables, j'avais l'impression de perdre du temps sur ma vie. et ça me prenait aux tripes...
Un jour mon copain m’a dit : “Écoute, tu ne peux plus continuer, regarde ça te rend malade. Quand ça touche la santé, il faut arrêter !” Il m’a proposé qu’on regarde ensemble les solutions, m’a demandé si je voulais retourner sur mon projet de nutrition et j’ai réalisé que c’était ce que je voulais.

J'étais en train d'ajouter une corde à mon arc. Je ne le voyais pas comme un retour à zéro.
Une fois la décision prise, quels ont été les premiers obstacles ?
Léa : Je savais que mon copain me suivait dans le projet. Un premier bon point. Ce qui me gênait le plus, c'était de l'annoncer à mes parents. C'est bête quand même à 30 ans. Mais ils m’ont toujours soutenue, aidée financièrement quand j'étais à Paris au début, supporté aussi mon gros stress des exams. Mon père a compris, mais ma maman a été un peu sous le choc. Je leur ai expliqué que j'aimais mon métier de graphiste, mais je ne trouvais plus l'épanouissement en entreprise. Je n'allais pas du tout laisser tomber, au contraire. J'étais en train d'ajouter une corde à mon arc. Je ne le voyais pas comme un retour à zéro, surtout que le graphisme sert énormément en diététique parce qu’il faut être créatif, pour faire des supports pour les patients, on peut faire des flyers et pleins de choses. Pour les ateliers culinaires, il faut savoir faire une belle assiette, harmoniser les couleurs pour faire envie. J’ai du lui expliquer que je n’avais pas fait tout ça pour rien, que nous avions assuré les arrières financièrement, que mon copain me soutenait. Ça a mis quelques mois mais elle a compris et maintenant elle m’encourage beaucoup, s’y intéresse et me demande même des conseils de nutrition par moments.

lea-cuisine

Donc, concrètement, comment cette reconversion se met en place ?
Léa : Comme je n’ai pas de bac scientifique, je ne pouvais pas rentrer en école pour faire le BTS diététique, ou alors il m’aurait fallu faire une prépa, et à 30 ans, je ne voulais pas me lancer dans une année de plus. Donc je me suis renseignée sur les organismes à distance et j’ai choisi le CNED, après avoir eu des retours positifs de personnes qui l’avaient suivi.
J’ai donc commencé le BTS en septembre, après avoir fait une petite mise à niveau avec une prof de biochimie. La formation m’a coûté environ 900€. Et j’ai choisi aussi le regroupement de techniques culinaires, qui coûte 640€ la semaine (40h), et correspond à des travaux pratiques.
Est-ce que c’est dur de reprendre des études après avoir travaillé plusieurs années ?
Léa : Finalement, même en étant salariée, je me suis toujours donnée des devoirs, parce qu’avec mes blogs, après ma journée de travail, souvent j’écrivais ou je dessinais, et des fois je me l’imposais vraiment. Je me disais “il faut que je poste, il y a des gens qui me suivent, ils vont être déçus si je ne me mets rien”. Donc c’est peut être dans ma nature. Là, le matin je me lève et je suis contente de m'installer à mon bureau pour réviser. J’ai toujours aimé l’école, je n’ai jamais été mauvaise élève, donc pour la méthodologie de révisions je pense que c’est bon, et je le fais le plus sérieusement possible. Mon métier d'illustratrice freelance m'a aussi déjà bien entrainé à bosser seule à la maison.
Il y en a qui ont lâché en cours d’année, ce mode d'étude ne convient pas à tout le monde. Et puis il faut aussi faire face aux aléas de la vie quotidienne, aux imprévus. En 1ere année on a les stages en restauration collective qui prennent du temps et de l'énergie. Le soir c'est très difficile de bosser après ce genre de journée, et on prend un peu de retard. Mais en donnant un bon coup de boost, on rattrape tout. Il y a un mémoire à écrire aussi. Quand on démarre ce BTS, et encore plus à distance, il faut bien se dire que ce n’est pas des vacances. Certes on est chez nous, mais il faut bien qu’amis et conjoints comprennent ça. Par contre, à distance, on organise son temps comme on veut. C'est une liberté dangereuse.
Je pense aussi que ça m’aide d’avoir déjà travaillé avant. Si je n’avais pas eu toutes ces expériences professionnelles, peut être que maintenant je serais moins débrouillarde. Je pense qu’il faut un peu de maturité, que j’ai acquise notamment avec mon expérience d’auto-entrepreneuse.

leax-livre-illustre

Donc justement, comment organisez-vous votre temps ?
Léa : En début d’année, je me suis créée un emploi du temps, avec les différentes matières, à titre de repère, dans lequel je me suis laissée deux demi-journées libres. Je profite de ces deux demi-journées pour souffler un peu mais aussi pour gérer mes blogs et faire du graphisme en freelance.
Au lieu d’être auto-entrepreneuse, je passe par la Maison Des Artistes maintenant. J’ai illustré le livre de Marie-Caroline Baraut, qui est une diététicienne et enseignante. C’était un pur plaisir. C’est bien la preuve que le graphisme sert en diététique. Si j’écris un livre un jour, je pourrais l’illustrer.
Si j’écris un livre un jour, je pourrais l’illustrer.
Est-ce qu’il y a des aspects de la diététique que vous avez découvert et auxquels vous ne vous attendiez pas ?
Léa : Oui, déjà, ce BTS m’a fait changer certains à priori que j’avais sur la nutrition. Même si j’avais déjà une vie saine, je m’alimente mieux depuis le début de cette formation.
Ensuite, il faut savoir que cette formation est très tournée vers le médical. Et à moins de changer d’avis après mon stage thérapeutique, je ne veux pas me diriger vers ce secteur, notamment à cause de certaines tâches routinières et aussi parce que je pense que je ne serais pas à l’aise avec certaines pathologies. Certains cours s’apparentent beaucoup à ceux de médecine. Cet aspect là, je n’en n’avais pas forcément pris conscience avant de connaître la formation, même si j’étais déjà inscrite sur des groupes de discussions sur la diététique et que j’avais vu des filles en parler, je n’imaginais pas que c’était à une telle ampleur. Et j'ai pu constater que beaucoup ont été découragé en cours d'année avec tous ces termes compliqués....

lea-plats-cuisine

Comment imaginez-vous votre future carrière de diététicienne ?
Léa : La nutrition m'a toujours intéressée, je trouve juste formidable que l'on puisse améliorer sa santé juste en mangeant de bons aliments. Ensuite, mes problèmes digestifs m'ont fait me pencher un peu plus sur des alimentations particulières. Et je me suis dit “Il faut absolument que je commence mes études pour aider les autres”, car j’ai clairement réussi à bien stabiliser mes crises. Je sais à quel point ce genre de problèmes peuvent pourrir la vie de quelqu’un. Après le BTS, j’aimerais m’installer en libéral. Non pas pour prendre en charge des pathologies mais pour travailler avec la restauration collective, avec des entreprises mais aussi des coachs sportifs. J'ai d'autres projets, la diététique est un vaste domaine avec de nombreuses possibilités. Il faut être créatif, et c'est à ce moment que ma double casquette sera bien utile.
Si je réussis tout ça, je serai épanouie. Et je mêlerai cet aspect social, mais aussi créatif et enfin sportif qui étaient ressortis de mon bilan de compétences.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui cherche à se reconvertir ?
Léa : Si on est malheureux dans sa vie quotidienne au travail, il ne faut pas rester comme ça parce que c’est le meilleur moyen pour devenir aigri, et ça c’est le pire. Je suis une personne dynamique et qui aime rigoler, et il y a eu des moments où je sentais que je perdais cette petite étincelle. Même en créativité, je ne tenais plus mon blog parce que j’étais démotivée, je n’avais plus envie. il faut faire attention à tous ces petits signes....
Il faut se dire qu’il y a une solution à tout problème. J’ai des copines en diététique qui ont des enfants et qui font la formation en progressif, sur 3, 4 ou 5 ans. Dans la vie, on n’est pas prisonnier. Souvent, quand on a un CDI, on se dit qu'on est coincé, qu'on ne bouge plus. La sécurité toujours. Et pourtant...
Il faut se renseigner, appeler les organismes, être curieux. Et les portes s'ouvrent...
lea-etudes-distance
L’avantage de la formation à distance, c’est que comme on gère son rythme, on peut par exemple faire de l’intérim en parallèle. Moi je suis graphiste freelance, j'alterne entre quelques missions et les cours. Mais pour tous ceux qui choisissent de faire une formation à distance, au CNED ou ailleurs, le conseil que je leur donnerais c’est d’être très rigoureux, parce qu’on peut vite se laisser envahir par cette liberté, par la flexibilité de l’emploi du temps, et ainsi aller voir les copains, sortir boire un verre au soleil... mais en fait, le temps passe très vite et il y a énormément de choses à apprendre.
Toutefois, à distance, on ne peut pas respecter son emploi du temps toutes les semaines à fond. Il y a des jours où on a vraiment pas envie et où on sent que même si on s’y met, ça ne marchera pas. Donc il ne faut pas paniquer, il faut savoir faire des pauses. Et finalement, c’est cet équilibre qui est le plus dur à trouver entre la liberté et le travail.
L’équipe de Mon Job Idéal vous remercie d’avoir partagé votre parcours avec nous. Votre projet professionnel est enthousiasmant et nous avons hâte de suivre sa mise en place. En attendant, il saura inspirer bon nombre de nos lecteurs. Nous vous souhaitons tout le succès que vous méritez.


pdf interview lea

Pour télécharger l'interview en PDF,
vous devez vous connecter / créer votre compte.

Articles similaires

Commentaires

Pour voir les commentaires ou pour pouvoir commenter, /
ou
Top