Vers une reconversion professionnelle réussie...

Manon,
reine des loisirs créatifs

manon reconversion loisirs créatifs
 

L’envie de se reconvertir n’attend pas forcément 20 ans de carrière. Après de longues études et quelques premières expériences dans le cinéma, Manon a souhaité changer de métier au moment où sa famille s’agrandissait. Elle nous raconte son parcours, son envie d’entreprendre et les débuts de son aventure créative.
Entretien réalisé le 23 février 2016
Quelle formation avez-vous suivie ?
Manon : J’ai fait des études de droit à Lyon, j’ai un M1 en droit, que j’ai complété par un MBA de l’ESG à Paris en Management des entreprises de production audiovisuelle. J’ai fait mon stage de fin d’études à l’Institut Lumière à Lyon qui organise chaque année un festival de cinéma récompensant une personnalité du 7ème art pour l’ensemble de sa carrière. Pendant ce stage j’ai travaillé sur la gestion des très nombreux bénévoles qui participent à ce festival.
Quand j’ai démarré mes études de droit je n’avais aucun objectif précis.
Quel était votre objectif à ce moment là ?
Manon : Quand j’ai démarré mes études de droit je n’avais aucun objectif précis. Je m’étais inscrite en droit en me disant que ce serait toujours utile et que ça me gardait un certain nombre de portes ouvertes. Au fur et à mesure que j’avançais dans mes études de droit j’avais envie de tout lâcher pour faire du cinéma. Je voulais être productrice audiovisuelle. Puis j’ai découvert ce MBA et ça me paraissait une bonne manière de me spécialiser.
A quel moment avez-vous décidé de travailler dans le cinéma ?
Manon : J’ai toujours aimé le cinéma, mais c’est vraiment au moment du MBA que j’ai pris la décision de me spécialiser dans ce domaine pour pouvoir y travailler.
Quel travail avez-vous exercé ensuite ?
Manon : A l’issue de mon stage à l’Institut Lumière, j’ai suivi mon ami à Nice où je n’ai pas eu le temps de chercher du travail puisque je suis rapidement tombée enceinte et que nous avons alors décidés de revenir à Strasbourg. Assez rapidement après avoir eu mon bébé, j’ai compris qu’il fallait que je travaille. J’ai trouvé un CDD de 6 mois dans une société de production audiovisuelle (Amopix) à Strasbourg. A l’issue de ce CDD, ils me proposaient de travailler en freelance de manière à pouvoir continuer à travailler pour eux mais aussi pour d’autres sociétés de production. Ce n’est pas ce qui me correspondait, j’avais besoin de travailler sur la durée et je recherchais donc un poste fixe. J’ai fini par trouver un poste à l’UGC en CDI. J’étais Manager d’équipe (en l’occurrence l’équipe confiserie qui comprenaient les collaborateurs de l’espace restauration, du café et de la boutique).

manon reconversion loisirs créatifs

Qu’aimiez-vous le plus dans ce travail ?
Manon : J’aimais le management. L’équipe était là depuis très longtemps quand je suis arrivée. J’avais envie de les remotiver en amenant du neuf. Cette activité était très orientée sur les chiffres de vente, mais lors de nos réunions je n’oubliais pas de leur parler de cinéma parce que je savais que ces passionnés étaient plus intéressés par cela que par le nombre de paquets de M&Ms vendus la veille.
Est-ce qu’il y avait des choses que vous aimiez moins ?
Manon : Oui puisqu’en fait au bout de 6 mois j’ai démissionné. J’ai trouvé des équipes assez démotivées et malheureusement j’ai compris que je n’allais pas arriver seule à changer l’ambiance. Du coup il y avait beaucoup de gens absents, beaucoup d’arrêts maladie. Et du coup c’est vrai que quand on reçoit beaucoup de visiteurs, la pression est encore plus forte quand il faut délivrer un service avec une équipe diminuée. On était loin de l’ambiance qu’on imagine dans un lieu de divertissement. Je ne me sentais pas complètement en phase avec les valeurs. Je trouve aussi que les managers avaient beaucoup de responsabilités. J’étais par exemple responsable du coffre qui contenait des sommes très importantes. Je sentais bien que la pression était forte sur ce point et vues les sommes dans le coffre, je finissais par la ressentir aussi. Je trouvais cela démesuré pour les managers qui sont finalement peu formés à cela.
Comment auriez-vous pu évoluer si vous étiez restée ?
Manon : J’aurais pu devenir chef d’équipe puis, pourquoi pas, à terme Directeur de cinéma, même si cela aurait automatiquement impliqué une mobilité sur Paris.
Quand j’ai démissionné je n’avais aucune idée en tête. Je savais juste que je voulais entreprendre.
Que s’est-il passé ensuite ?
Manon : Quand j’ai démissionné je n’avais aucune idée en tête. Je savais juste que je voulais entreprendre. C’est simplement très compliqué de trouver le courage de le faire, a fortiori quand on est une femme et jeune. Autour de moi je ne sentais pas forcément de répondant quand j’avançais des idées. Un mois après avoir quitté l’UGC je suis tombée enceinte de notre deuxième enfant. Mon ami lançait son agence immobilière à ce moment là. Du coup j’ai travaillé pendant 6 mois pour lui au tout début de ma grossesse. Mais certains jours j’avais presque l’impression que c’était plus pour m’occuper que pour vraiment les soulager. C’était le tout début de leur activité donc le besoin n’était pas toujours évident.
Avez-vous considéré d’autres pistes ?
Manon : J’ai rencontré une personne que j’avais connue via le cinéma où j’avais travaillé et qui envisageait d’ouvrir un café couture. Elle voyait que la couture revenait en force et avait identifié un potentiel. On a envisagé de s’associer. Elle avait la possibilité d’investir et j’avais du temps à consacrer à ce projet. On a beaucoup travaillé sur ce projet que je trouvais tout à fait enthousiasmant mais finalement elle n’a pas osé se lancer.
Comment avez-vous pris la décision de vous lancer à ce moment-là tout en faisant évoluer le concept ?
Manon : J’avais beaucoup travaillé sur le business plan notamment. Après tout le travail réalisé je n’avais pas envie d’abandonner. Mais pour différentes raisons je ne pouvais pas lancer le projet tel quel. Notamment je ne voulais pas être dépendante d’un lieu que j’aurais du ouvrir tous les jours, et par exemple tous les samedis ce qui n’était pas nécessairement compatible avec l’idée que je me fais de ma vie de famille. Du coup j’ai un peu repensé le projet. L’idée du café couture me plaisait beaucoup mais avec le recul je suis contente que ça n’est pas fonctionné. Je me suis finalement orientée vers un site de e-commerce.
Comment cela s’est-il concrétisé ?
Manon : J’ai trouvé des financements auprès de mon entourage et quelques mois après mon accouchement je me suis déclarée en auto-entrepreneur.
J’ai lancé mon site de e-commerce il y a quelques mois. Je vends des « box » de loisirs créatifs, livrées à domicile, et qui contiennent un kit complet à réaliser pour broder, crocheter ou encore personnaliser un pull ou un sac avec du tricotin. La box est livrée avec un modèle à suivre ou dont on peut se détacher si on veut laisser exploser sa créativité. L’idée est de s’associer avec des créateurs avec qui je conçois les kits. J’aime beaucoup cette idée de partenariat.
Au début je travaillais aussi de chez moi, mais ça ne marchait pas du tout. Ce n’était pas tenable.
Comment êtes-vous organisée ?
Manon : Au début c’était un peu n’importe comment. Maintenant je me suis fixée des moments pour travailler mais je reste très souple si j’ai besoin de me réorganiser pour ma famille.
Au début je travaillais aussi de chez moi, mais ça ne marchait pas du tout. Ce n’était pas tenable. Du coup maintenant je loue un espace où j’anime également des ateliers pour faire découvrir mes box et permettre à celles et ceux qui le souhaitent de les réaliser avec le support de la créatrice.
Avec un réseau de femmes entrepreneurs que nous sommes en train de constituer, nous prévoyons de faire du « co-working » pour pouvoir travailler aux côtés les unes des autres et ainsi échapper à la solitude qui menace tous ceux qui se lancent en indépendant.
Au début je me suis mise aussi beaucoup de pression pour vendre. Aujourd’hui j’ai fait mes calculs et accepter l’idée que je n’allais sans doute pas pouvoir me rémunérer avant 12 ou 18 mois.
Je me mets moins la pression même si je veux que ce que je fais soit bien fait. Il faut savoir gérer la frustration parce que je ne peux pas toujours m’investir autant que ce que j’aimerais. Je fais plus de choses pour le plaisir.

manon reconversion loisirs créatifs

Qu’est-ce qui vous plaît le plus ?
Manon : Même si j’aime bien broder ou coudre moi-même, ce n’est pas la dimension « bricolage » qui me plaît le plus, c’est clairement le fait d’entreprendre. J’aime aussi voir les gens faire des choses eux-mêmes, que ce soit fabriquer une table en bois, ce dont je suis personnellement incapable, ou faire de la broderie.
Et je pense que les gens aiment aussi apprendre à faire des choses eux-mêmes ou à personnaliser des produits standards. J’aime aussi beaucoup l’idée de faire quelquechose pour moi, qui me plaît.

manon reconversion loisirs créatifs

Est-ce qu’il y a des choses qui vous manquent ?
Manon : Je dirais de l’aide. J’ai du mal à tout faire moi-même.
J’avais demandé par exemple de l’aide à la Chambre de Commerce et d’Industrie mais les formations sont payantes donc je n’en ai pas bénéficié.
Pour tout ce qui touche à la gestion, j’ai l’impression que j’apprécierais de l’aide, pour bien gérer les chiffres.
Il y a aussi des choses que je saurais faire mais que je ne prends pas le temps de faire (par expl me mettre des objectifs de vente). Dans mon cas j’ai l’impression que ça me prendrait trop d’énergie par rapport à toutes les autres choses que je dois faire. Je ressens parfois un manque de formation aussi parce que ça fait beaucoup de choses à gérer.
Je me fais heureusement aider par mon réseau. J’ai rencontré des femmes entrepreneurs (les Mampreneurs). Il n’y avait pas d’antenne à Strasbourg mais on est en train d’en monter une. On aimerait monter un réseau business, d’ailleurs pas nécessairement uniquement féminin mais plutôt sectorisé où on puisse vraiment s’aider. Par exemple une spécialiste de la communication, une autre du e-commerce,…
Comment imaginez-vous la suite ? Quels sont vos projets ?
Manon : J’ai eu un moment de doute au moment où j’ai réalisé que je devais encore attendre 12 à 18 mois avant de me rémunérer.
Du coup je cherche un travail à côté. J’envisage de m’occuper de la communication de l’agence immobilière où mon ami est associé.
manon reconversion loisirs créatifs
Je conseillerais aussi de faire bien attention à être entouré.
Quels conseils donneriez-vous à des gens qui envisagent une reconversion ?
Manon : Je suis très « liste », donc je conseillerais de faire une liste des risques et des avantages. Par exemple si quelqu’un envisage de devenir entrepreneur, il faut accepter l’idée qu’il y a des gens qui sont prêts à ça et d’autres moins. Mettre tous les points positifs et négatifs sur le papier peut aider à y voir plus clair.
Je conseillerais aussi de faire bien attention à être entouré. J’ai cette chance. Mais parce que j’ai des enfants en bas-âge je ne peux pas, et d’ailleurs je n’en ai pas forcément envie, être à 100% dans mon projet. Il faut aussi se laisser du temps et ne pas se mettre trop de pression.
L’équipe de Mon Job Idéal vous remercie pour le temps que vous nous avez consacré, pour tous vos conseils et astuces et vous souhaite un beau succès dans votre aventure de e-commerce créatif.


pdf interview manon

Pour télécharger l'interview en PDF,
vous devez vous connecter / créer votre compte.

Articles similaires

Commentaires

Pour voir les commentaires ou pour pouvoir commenter, /
ou
Top