Vers une reconversion professionnelle réussie...

L’évolution du monde du travail : la notion de temps

Nous continuons notre série “L’évolution du monde du travail”, en nous penchant aujourd’hui sur l’usage que nous faisons de notre temps, dans la vie et plus particulièrement au travail.

Les débats réguliers sur le temps de travail, et notamment sa réduction, nous confirment l’importance de la notion du temps par rapport au travail. C’est d’ailleurs encore comme cela que l’on évalue notre contribution (“je suis à temps plein” ou “je suis à temps partiel”) comme si cela suffisait à résumer notre apport à la société.

Or, comme cela a été souligné durant la semaine de la QVT organisée par l’Anact, la valeur temps est un élément essentiel que nous nous devons de dominer. Sinon, comment prétendre être maître de notre vie si nous ne contrôlons pas un minimum le temps consacré aux différentes activités qui nous occupent ?

Mais quelle place ont les nouvelles technologies dans notre usage du temps ?

Ces technologies nous ont été présentées de manière quasi unanime comme un moyen de gagner du temps. Et sous-jacente, il y a l’idée de nous libérer du temps : si l’utilisation des technologies nous garantissent d’être plus rapide, plus efficace, alors il y a ce rêve souvent inavoué de pouvoir consacrer notre temps à des choses plus intéressantes, plus épanouissantes.
tristan-harrisOr, dans son intervention à TED Bruxelles, Tristan Harris, ancien “philosophe-produit” chez Google, explique parfaitement bien comment les nouvelles technologies nous mènent souvent à perdre notre temps, plutôt qu’à en gagner. Cela nous amène à réfléchir à cette notion du temps bien utilisé, à la manière de calculer la vraie valeur des technologies que nous utilisons ainsi qu’aux leçons à en tirer lorsqu’on envisage sa reconversion.

Une conception produit délibérément chronophage

Parce que Tristan Harris démontre que la valeur de sociétés comme LinkedIn (fraîchement rachetée par Microsoft), Facebook, YouTube, Instagram et tant d’autres, est directement liée au temps passé par les internautes sur leur différent site, leur objectif est évidemment de garder leurs utilisateurs le plus longtemps possible.

Les interfaces sont donc pensées dans ce sens, et multiplient ainsi les tentations pour inciter l’internaute à enchaîner les clics jusqu’à lui faire oublier l’objectif initial de sa venue sur le site.

Dans sa conférence, Tristan Harris prend un exemple que nous connaissons tous (ou presque) : Quand Facebook nous envoie un email pour nous informer qu’un ami nous a taggué sur une photo, en général, on ne résiste pas à l’envie de cliquer pour voir cette photo. On ne veut pas prendre le risque qu’une mauvaise photo de nous circule sur les réseaux sociaux. Et nous voilà parti pour perdre 20 minutes à regarder des choses inutiles. Le site a été pensé dans ce but précis que l’on passe du temps dessus, quelle qu’en soit la raison. C’est précisément ce que cet ex-”philosophe-produit” dénonce.

Cet exemple vous rappelle quelqu’un ? Certainement, parce qu’au-delà même de l’expérience de Tristan Harris qui a joué un rôle actif dans la mise en oeuvre de cette stratégie, nos expériences respectives d’internautes nous confirment quasi quotidiennement l’efficacité de telles méthodes.

Le dilemme perdure pourtant car soit on utilise ces différentes technologies et on accepte d’y perdre notre temps, soit on fait le choix de vivre sans mais on a le sentiment de passer à côté d’une certaine forme de progrès et de modernité...

Heureusement Tristan Harris imagine des solutions (par exemple désactiver les alertes automatiques à l’arrivée des nouveaux messages pour éviter au moins d’être interrompu pendant ses activités plus productives) et si vous souhaitez savoir comment vous pourriez reprendre la maîtrise de son temps tout en utilisant les technologies, nous vous invitons à regarder sa vidéo.

Si Tristan Harris s’est lancé dans cette bataille pour amener les designers de nouvelles technologies à faire des choix éthiques*, contraires à ce qu’ils font actuellement, pour nous rendre la jouissance de notre temps, c’est parce qu’il a bien compris que quand notre temps nous échappe, c’est comme si notre vie nous échappait.

Mais alors comment arbitrer quant à l’efficacité d’un outil technologique s’il me fait gagner du temps d’un côté pour m’en faire perdre de l’autre.

*il a d’ailleurs dédié un site Internet à ce projet http://timewellspent.io (en anglais)

La contribution positive nette

Heureusement tous les réseaux sociaux ou applications interactives ne constituent pas de perte de temps sèche.

Ainsi Tristan Harris prend l’exemple de CouchSurfing (https://www.couchsurfing.com), le site internet qui permet de profiter de l’hospitalité d’un hôte local, mettant à disposition son canapé gratuitement. Ce site n’a clairement pas pour vocation d’être un service d’hôtellerie gratuite, mais bien de faire en sorte que les gens partagent un peu de leur vie et de leur culture avec un visiteur. Pour avoir utilisé ce site aussi bien en tant qu’hôte qu’en tant qu’invité, je confirme que c’est un beau système d’échanges. Puisque CouchSurfing a pour objectif de créer des expériences positives et durables ainsi que des relations entre des personnes qui ne se connaissaient pas auparavant, ils ont trouvé un moyen de mesurer leur réussite dans la réalisation de cet objectif.

Ils totalisent le nombre d’heures que les gens offrant le gîte passent avec ceux à qui ils l’offrent. Après chaque échange, ils demandent à toutes ces personnes d’évaluer la qualité de ce temps, pour voir dans quelle mesure cette expérience était positive. Puis CouchSurfing déduit de ce nombre d’heures positives le nombre d’heures que les gens ont passé sur leur site. Ils considèrent en effet que cette partie là représente un coût (de temps, d’énergie) dans la vie des gens. Le résultat de cette soustraction leur permet d’obtenir la valeur de « bon temps » NETTE. Cette valeur nette, c’est finalement la contribution positive que le site a apporté dans la vie de ces personnes, puisque sans celui-ci, elles seraient restées de parfaits inconnus.
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Tristan Harris extrapole en imaginant ce que serait la vie si on raisonnait en terme de valeur positive NETTE apportée à la société par notre travail.
Au lieu d’une économie basée sur la mesure du succès selon le temps passé, il rêve d’une économie basée sur la valeur positive nette apportée par les contributions humaines de chacun.

Quels enseignements pour une reconversion ?

Le temps, c’est aussi la répartition qu’on en fait, c’est à dire celui que l’on alloue au travail et ce lui que l’on garde pour soi, ou encore celui qui nous permet de vivre (au sens d’assurer notre survie), et celui qui nous épanouit. Si on consacre une partie de notre temps à travailler c’est d’abord parce que cela permet la plupart du temps d’assurer les moyens de sa subsistance.

Mais quel intérêt si je n’ai plus le temps de rien faire d’autre ? Tout est donc question d’équilibre entre le temps passé à travailler et le bénéfice que nous retirons de notre travail. Plus un travail nous épanouit, moins nous avons besoin de temps à côté, même s’il nous en faudra toujours pour en consacrer à notre famille et nos amis, nous reposer, faire du sport ou nous détendre,...

Cet équilibre entre le temps passé à travailler et celui libéré du travail, dépend aussi de ce que l’on fait de son temps libre. Si nous considérons que le travail a pour seul but de permettre de subvenir à nos besoins et que nous ne lui en “demandons” pas plus, parce que l’épanouissement, le sentiment de réalisation de soi et de contribution à la société sont pleinement assouvis par la manière dont nous occupons notre temps libre (bénévolat, activités artistiques,...) alors notre rapport au travail pourrait se résumer dans l’équation “rétribution obtenue par le travail / temps passé au travail”. Si notre temps libre n’est pas utilisé positivement et qu’il est en quelque sorte du temps “perdu” pour nous et pour les autres, alors nos attentes envers notre travail sont bien plus fortes.

Bien plus qu’il n’y paraît la question du temps est fondamental lorsqu’on considère son projet de reconversion.

Souvent on le considère sous un premier angle assez simple : “combien de temps est-ce que je passe au travail aujourd’hui et combien de temps maximum est-ce que j’aimerais y consacrer demain ?” En fait en rencontrant des personnes qui sont épanouies après leur reconversion, on réalise assez vite que ce n’est pas tout à fait comme cela que les choses se passent. Il y a bien sûr la liberté d’organiser son temps, mais plus encore il y a l’usage que l’on pense faire de ce temps, c’est à dire la valeur qu’on lui donne.

Si vous prenez l’exemple de Frédéric, il était frustré dans son rôle de chef de projet web par le temps qu’il passait à chercher à satisfaire des clients qui ne l’étaient jamais. Alors il était bien plus pénible pour lui de penser que ce travail le tiendrait en plus éloigné de sa famille. Est-ce qu’aujourd’hui il travaille moins ? Absolument pas, bien au contraire. Est-ce qu’il est plus libre d’organiser son temps autour de ses priorités familiales ? Oui et cela a sans aucun doute un rôle dans sa satisfaction globale. Mais bien plus encore ce qui compte c’est le sentiment d’utilité qu’il a et qui fait que tous les jours, il passe, sans vraiment le compter, du temps à s’occuper de ses escargots et de son exploitation. Finalement, pour ce métier qui lui apporte cet épanouissement, il est prêt à consacrer une partie de ses week-ends puisque c’est à la fin de la semaine que se tiennent les marchés sur lesquels il vend ses gastéropodes.

Pour reprendre la formule de Tristan Harris, ce qui compte ce n’est pas tant le “temps passé” ( “time spent”) que le “temps bien utilisé” (“time well spent”).

En ces temps de congés d’été et de réflexion, Tristan Harris nous a aidé à changer notre perspective.

Et vous à quoi jugez-vous que votre temps serait bien utilisé ?

Peut-être c’est selon ce critère que vous avez intérêt à évaluer votre travail aujourd’hui et que vous devez considérer votre travail demain ?

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