Vers une reconversion professionnelle réussie...

Et si mon idéal, c’était ne pas travailler ?

J’ai discuté récemment avec un proche qui rêve plus ou moins secrètement d’arrêter de travailler. Ne connaissant aucun rentier dans mon entourage, je l’interrogeais sur ce qu’il comptait faire pour continuer à se sentir utile.
Notez bien que je ne lui ai pas demandé la manière dont il pensait s’occuper parce je n’ai aucun doute sur le fait qu’on puisse être très occupé sans travailler. Chacun a des passions qui peuvent s’avérer plus ou moins prenante, ce sera la lecture pour certains d’entre nous, le modélisme pour d’autres, le sport, la gravure… Et encore je ne parle que des occupations extra-familiales parce que les parents savent sans doute qu’ils pourraient être très occupés rien qu’en prenant soin toute la journée de leur progéniture.ne-pas-travailler-farniente

Mais la question du sentiment d’utilité me paraît plus critique. Là encore il y a des mères ou des pères au foyer pour lesquels je ne me fais pas de souci… ils ou elles se sentent utiles par le soin qu’ils prodiguent à leurs enfants. Mais nous n’avons pas tous cette responsabilité. Ou alors lorsque les enfants grandissent, qu’ils gagnent en autonomie, le sentiment d’utilité peut s’étioler. Et au-delà de la famille, nous aspirons aussi à tisser des relations autres, à aider, contribuer, participer à quelque chose de plus large.

Pour revenir sur la discussion entamée avec mon aspirant-rentier, quand je lui ai demandé :

À quoi de plus grand que ta petite personne vas-tu donc contribuer ?

Je m’attendais peut-être à ce qu’il me parle de telle ou telle activité de bénévolat qu’il considérait, mais il a renversé la question en me demandant :

Mais à quoi est-ce que je contribue de vraiment important aujourd’hui ?

Réflexion typique du phénomène bullshit jobs que nous abordions la semaine dernière.

Je comprends tout à fait la frustration de certains lorsqu’ils réalisent qu’ils sont surtout occupés à remplir des outils de reporting, eux-mêmes essentiellement utilisés pour contrôler le travail d’autres, assister à des réunions pas toutes très utiles, et produire des présentations Powerpoint qui pourraient paraître plus futiles et superficielles les unes que les autres.

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Pour autant faut-il en conclure que l’inactivité soit la solution à cette frustration ?

Est-ce que le rêve ultime de tout salarié frustré devrait être de lézarder sur une île au soleil avec pour seule activité la pêche ?

Récemment, Arte diffusait une série d’anticipation, intitulée Trepalium, qui décrivait un monde coupé en deux où les 20% de ceux qui avaient encore un travail étaient protégés, par un mur, des 80% de chômeurs. Le mur ne protégeait pas les inactifs du labeur mais bien l’inverse.
Même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, je peux tout à fait imaginer l’envie que susciterait un petit groupe de travailleurs face à une majorité condamnée à chômer. Du coup je me suis sentie un peu déboussolée face à ce proche dont j’ai cru au départ qu’il idéalisait l’inactivité avant de comprendre qu’il était surtout frustré par la nature de son activité.

Et vous, où vous situez-vous ?

Est-ce que vous voyez d’abord le travail comme un instrument de torture (puisque c'est ce que signifiait « trepalium » en latin avant d'être à l'origine étymologique du mot travail) ou est-ce que vous pensez qu’il vous aide à définir votre identité sociale ?

Personnellement je vois le travail comme un moyen de trouver ma place dans la société… mais évidemment ça ne peut que me rendre exigeante par rapport à la nature de mon activité.
Et c’est d’ailleurs parce que le travail sert à cela, à donner du sens à notre participation à cette aventure collective, que je trouve la situation des chômeurs si difficile.

Des expériences ont été lancées dans certains pays autour du revenu universel. En France, nous en sommes au stade de la réflexion, avec des économistes et des politiques qui se prononcent en faveur d’une telle initiative, avec des nuances quant au montant qui pourrait être versé ou aux conditions d’âge des bénéficiaires, et aussi d’autres économistes ou politiques qui se prononcent contre.

Qu'est-ce que le revenu universel ?

Il s’agit de verser un même revenu à l’ensemble des citoyens d’un pays, ou au moins à l’ensemble des adultes, revenu qui se substituerait aux allocations existant aujourd’hui. Mais la vraie nouveauté par rapport aux allocations actuelles, c’est que ce montant ne dépendrait pas de la situation individuelle et surtout qu’il serait cumulable avec les revenus tirés d’un emploi. Plus le montant de ce revenu universel serait proche du montant du salaire minimum aujourd’hui, plus la question qui se poserait alors serait « mais alors pourquoi travailler, si l’Etat me fournit les moyens de subvenir à mes besoins dans tous les cas ? ».

Ces réflexions me donnent le sentiment de faire l’impasse sur la dimension du travail évoquée plus haut, celle d’être une source d’intégration sociale, et pas seulement une source de revenus. Et je redoute que la « générosité » derrière les allocations ainsi versées évite surtout de se préoccuper d’aider chacun à trouver sa place dans la société.

Tu reçois ton revenu universel… alors tu ne vas pas en plus te plaindre de ne pas avoir de travail.

Je crains que cela ne revienne à négliger la valeur que les gens attribuent au travail, le sens qu’ils y donnent en contribuant à leur façon à la société dans laquelle nous vivons.

Autant vous dire que l'aspirant rentier et moi n'envisageons pas ces sujets de la même façon.

Et vous, est-ce que vous avez besoin de vous sentir utile pour être heureux ?
Et si oui, de quoi avez-vous besoin pour être utile ?
Peut-être cela vous donnera-t-il les premières pistes de ce que pourrait être votre job idéal…

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